ISLAMABAD - Après l'annonce d'un report de plusieurs semaines des élections législatives prévues pour le 8 janvier, le Pakistan était confronté lundi à un nouveau bras de fer, le parti de Benazir Bhutto et d'autres formations étant opposés à un délai.
Conséquence de la flambée de violences ayant suivi l'assassinat jeudi dernier de l'ex-Premier ministre, la commission électorale a annoncé lundi avoir recommandé le report du scrutin.
Le secrétaire de la commission électorale Kanwar Dilashad a déclaré à la presse que la décision serait annoncée mardi. Un haut responsable du gouvernement a quant à lui avancé que les élections seraient reportées "d'environ six semaines, l'environnement pour organiser des élections libres et équilibrées n'étant pas favorable".
Malgré le deuil, le Parti populaire du Pakistan (PPP) de Benazir Bhutto demande le maintien des élections. Il espère sans doute bénéficier dans les urnes de l'élan de sympathie envers l'ancien Premier ministre assassiné et des accusations contre les alliés du président Pervez Musharraf, rendus responsable de cette mort.
Probablement désireux de tirer lui aussi profit de l'atmosphère actuelle au Pakistan, l'ancien chef du gouvernement Nawaz Sharif, de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), a réclamé que le scrutin soit maintenu à la date prévu, prévenant que des manifestations seraient organisées en cas de report. "Nous ferons de l'agitation", a-t-il déclaré à l'Associated Press. "Nous n'accepterons pas ce report".
Les gouvernements occidentaux demandent également l'organisation rapide des élections, afin de restaurer un début de démocratie dans le pays. Avant de se rendre au Pakistan, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré dimanche soir que Paris comptait "essayer (...) de faire pression pour que les élections aient lieu".
Mais, préviennent les observateurs internationaux, il sera "impossible" de contrôler véritablement le scrutin s'il est organisé la semaine prochaine. La flambée de violences a en effet perturbé les préparatifs. "Nous ne pouvons pas respecter nos normes habituelles si la date est maintenue le 8 janvier", a souligné Mathias Eick, porte-parole de la mission d'observation européenne.
Benazir Bhutto a été tuée jeudi dans un attentat-suicide, mais la polémique fait rage sur la cause exacte de sa mort. La chaîne britannique Channel 4 s'est procuré une vidéo de l'assassinat dans laquelle on voit un homme viser au pistolet l'ancien Premier ministre, qui se tenait dans une voiture décapotée. Ses cheveux et son foulard bougent vers le haut, suggérant qu'elle a pu être touchée. Elle tombe ensuite dans le véhicule avant que l'explosion frappe sa voiture.
Le gouvernement affirme qu'elle n'a pas été blessée par balle mais qu'elle a trouvé la mort en étant projetée contre le toit ouvrant de la voiture par la violence de l'explosion. La famille et les partisans de Benazir Bhutto estiment pour leur part qu'elle a succombé aux coups de feu qui l'ont touchée à la tête et au cou. Mais son mari a une nouvelle fois refusé dimanche qu'elle soit autopsiée, ce qui rendra difficile de déterminer les causes exactes de son décès.
Le fils de Benazir Bhutto, âgé de seulement 19 ans, a succédé dimanche à sa mère à la présidence du PPP. "La longue lutte du parti pour la démocratie continuera avec une vigueur renouvelée. Ma mère disait toujours que la démocratie était la meilleure des revanches", a lancé dimanche soir Bilawal Zardari aux sympathisants du parti. Mais c'est son père, Asif Ali Zardari, qui détiendra le véritable pouvoir pour mener la formation aux élections législatives.
Nawaz Sharif a pour sa part exigé le départ de Pervez Musharraf et son remplacement par un gouvernement d'union nationale. "Cet homme est une calamité à lui seul. Il est responsable de tous les ennuis du Pakistan", a-t-il lancé. Et en cas de victoire de son parti, a-t-il prévenu, il ne pourrait pas travailler avec le président.
Après des journées de violences qui ont causé la mort d'au moins 44 personnes, le calme semblait de retour dans la majorité des villes pakistanaises, où soldats et policiers patrouillaient néanmoins en grand nombre. AP
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